vendredi 4 août 2017

“De l’inégalité parmi les sociétés” - Jared Diamond. “Richesse et pauvreté des nations” - David S. Landes



Dans quelques semaines, le tsunami de la rentrée littéraire emportera tout sur son passage. Dans le calme qui précède la tempête, rappelons-nous de 2 ouvrages qui répondent à une question d’une actualité brûlante.
Pourquoi les choses sont-elles comme elles sont? Comment se fait-il qu’il y a le G 20 et le reste? Quelles sont les raisons pour la richesse des riches et la pauvreté des pauvres dans le concert des nations?
Jared Diamond est professeur de physiologie à l’Université de Californie à Los Angeles. Sa tentative d’explication remonte loin dans l’histoire de l’humanité: entre 11.000 av. J.-C., l’apparition de l’agriculture dans le “croissant fertile” du Moyen Orient et 1500 apr. J.-C., la découverte de l’Amérique par les espagnols. A cette époque, les différences dans la rapidité de l’évolution des civilisations dans diverses régions du monde ont conduit à des inégalités éclatantes. Celles-ci ne sont pas encore effacées à ce jour. Pourquoi le rythme de l’évolution était rapide chez les uns et lent chez les autres?
Son livre répond précisément à cette question!
Son argumentation, cristalline, méticuleuse, précise, se base principalement sur des données géographiques, climatiques, biologiques et constitue une approche profondément novatrice et antiraciste de l’histoire de l’humanité.
Clairement *****
David S. Landes déploie l’histoire de l’économie mondiale des derniers 600 ans pour expliquer “Richesse et pauvreté des nations”. Avant de se consacrer entièrement à l’écriture, l’auteur était professeur à l’Université d’Harvard. Son point de départ sont les prédispositions des civilisations au progrès scientifique et économique, l’organisation politique des états favorisant plus ou moins l’initiative privée, le rôle et l’importance de la religion dans les affaires d’état. Ainsi nous apprenons pourquoi la révolution industrielle avait lieu en Angleterre et ne pas ailleurs, pourquoi la dynamique de l’évolution commerciale et industrielle était beaucoup plus puissante dans la petite Europe, éclaté dans un grand nombre d’états concurrents, que dans la grande Chine avec son organisation très centralisée.
Clairement *****
Ces 2 livres, volumineux mais captivants et instructifs de bout en bout, ne sont ni militants, ni dogmatiques. Ce sont des analyses sobres, objectives, scientifiques de l’histoire de l’humanité. Une lecture enrichissante!!!
HPK

mercredi 5 juillet 2017

“Le Livre des Baltimore” - Joël Dicker


Disons le d’entrée, c’est une excellente lecture de vacances, mais attention: si vous l’ouvrez lors d’une belle journée ensoleillée, dans une  confortable chaise longue, mettez une bonne couche de crème protectrice, car vous risquez d’attraper un sacré coup de soleil!!
Autrement dit, il vous sera impossible de le fermer avant d’avoir dévoré la dernière des 593 pages. “Le Livre des Baltimore” est comme une drogue douce ou certains bonbons qu’on ne peut pas arrêter de manger avant d’avoir fini le paquet.
Comme la surconsommation de bonbons nous laisse avec un “vague à l’estomac”, ce sacré bouquin nous laisse une gueule de bois quand nous reprenons conscience après une lecture haletante. Joël Dicker invente une saga familiale assortie d’un hymne à la jeunesse et à l’amitié, les deux truffés d’invraisemblances rocambolesques et de ficelles, parfois bien visibles. Tout l’arsenal du mélodrame est passé en revue...
Ceci dit, il faut laisser à César ce qui est à César! L’auteur est un architecte et constructeur de “plot” de tout premier ordre et un conteur exceptionnel. Écrire un roman, c’est raconter une histoire et Joël Dicker sait le faire. Langage direct, sans artifices baroques, chapitres courts, nombreux “cliffhangers” qui entretiennent le suspense, administration parcimonieuse des informations, caractères dessinés à traits marquants.
**** me semblent bien mérités!
HPK

vendredi 5 mai 2017

L'Âme des Horloges; David Mitchell

 Il y a des auteurs qu'on suit assidûment de livres en livres, et d'autres qu'on rencontre par des voies détournées. 
La première fois que j'ai fait connaissance avec D. Mitchell, c'est par l'adaptation que les frères Wachowski (qui sont frère et sœur depuis 2010, mais c'est une autre histoire) avaient fait de Cloud Atlas (Cartographie des Nuages, en français_ quel joli titre). Les réalisateurs de la trilogie Matrix avaient fait de ce roman un film imparfait, parfois boursouflé, mais suffisamment fascinant dans sa construction pour vous pousser à rester jusqu'au générique de fin. Le film date de 2012, et j'ai dû le visionner il y a deux ans.
Quand j'ai vu ce livre, quelque chose a fait "tilt" dans mon esprit encombré. C'est parfois suffisant pour vous pousser à se lancer dans la lecture. 
 
Loué soit le tilt: le livre est un chef-d’œuvre. 
Tenter de résumer L’Âme des Horloges est une gageure, d'autant plus qu'il ne faut surtout pas gâcher l'effet de surprise.
Angleterre, 30 juin 1984. Holly Sykes, 15 ans, fugue suite à une déception amoureuse. A trois heures, elle rencontre une mystérieuse vieille dame qui prétend s’appeler Esther Little, qui lui offre du thé et lui demande asile. Croyant avoir affaire à une folle, Holly accepte les deux.
Cambridge, 13 décembre 1991. Alors qu'il assiste à une répétition de L'Hymne à la Vierge, Hugo Lamb, étudiant en sciences politiques, rencontre une femme à l'allure de déesse. 
Le 16 avril 2004, Ed, un reporter de guerre en pleine crise familiale assiste à un mariage. 
Pays de Galles, le 1er mai 2015. Crispin Hershey enrage de voir son dernier roman descendu par la critique. 
Tous ces destins sont liés les uns aux autres. 
Avez-vous déjà fait l'expérience de vous rapprocher d'un tableau? On aperçoit le moindre détail, le plus léger coup de pinceau, mais c'est en s'éloignant que tout fait sens, que chaque élément s'efface au profit de l'harmonie de la construction. 
Lire l’Âme des Horloges, c'est transposer l'expérience picturale au livre. C'est un canevas où tout se met en place au fur et à mesure qu'on avance dans le roman. Le lecteur n'est plus relégué au rang de simple spectateur, mais devient acteur de l'histoire. 
On pourrait empiler les superlatifs pendant des pages, brisons-là:

Si vous aimez vous faire embarquer par un roman, et ne pas pouvoir le lâcher avant la dernière page. Si vous n'êtes pas allergique au fantastique. Si vous acceptez de ne pas tout comprendre tout de suite. Si vous vous êtes déjà dit que 700 pages c'est parfois trop court. 
Ce livre est pour vous.
Jean.




vendredi 28 avril 2017

Les Filles au Lion; Jessie Burton

 On a parfois une tendance malheureuse, et un brin chauvine me semble-t'il, d'accuser de tous les maux les auteurs anglo-saxons, notamment de ne pas avoir de "style". Je serai bien curieux de savoir ce qui définit le "style" en littérature. Dans le même ordre d'idée, il paraît tout aussi ardu de définir l'humour ou la beauté. Peut-être le style ne se perçoit-il que par son absence. Peut-être le lecteur sent-il qu'il manque quelque chose, le liant qui transformerait la tambouille en plat de restaurant étoilé. 
Admettons: les écrivains anglo-saxons n'ont pas de style (la faute à la traduction peut-être). Par contre, ce qu'ils ont, ce sont des histoires, ce qui est souvent l'inverse chez nos écrivains hexagonaux. 
En voici un très vivifiant exemple avec ces Filles au Lion qui vient de paraître chez Gallimard. On avait franchement applaudi le premier roman de Jessie Burton, Miniaturiste, où on pouvait déceler sous les quelques imperfections la force tranquille d'un écrivain ne demandant qu'à ce qu'on le laisse mûrir. Et bim! elle accouche d'un roman maîtrisé de bout en bout, un coup de maître, un travail de construction extraordinaire.
Londres, dans les années 60, Odelle est une jeune femme originaire de Trinidad. Elle quitte son job de vendeuse de chaussures pour travailler chez un galeriste. L'écriture est son ambition secrète. A une party, elle rencontre un homme qui va lui apporter un mystérieux tableau. 
Trente ans plus tôt, dans le sud de l'Espagne, un couple et leur grande fille, Olive, s'installent dans une grande bâtisse. Le père est marchand d'art, et la fille ne rêve que de liberté et de peinture.
Tout le jeu du roman consiste à articuler autour du tableau les destins de ces deux femmes en quête d'absolu. Mention spéciale à la description de l'Espagne en train de basculer dans la guerre civile. Une grande fresque classique qu'on dévore avec plaisir. 
Jean.

jeudi 9 février 2017

Flétrissure; Nele Neuhaus

 
“Actes Noirs” est la collection grand format de romans noirs, éditée par “Actes Sud”, maison d’une excellente réputation, acquise depuis longtemps.
 
Tout a démarré en 2006, avec un coup de canon retentissant, le premier volume de “Millenium” de Stieg Larsson. L’originalité de cette collection consiste dans le fait qu’elle accueille les œuvres d’auteurs de provenances et de cultures très diverses, Japon, Russie, Scandinavie, Espagne, Amérique du Sud, Allemagne... Il en résulte un bel échantillonnage de romans noirs “à travers le monde”.
 
Dans le cas présent, Nele Neuhaus nous soumet un “thriller” dans le milieu de la très haute bourgeoisie allemande avec en arrière-plan l’horreur des derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale. Sous des pulsions et contraintes impitoyables, les protagonistes portent leur lot de culpabilité, d’incertitude, de souvenirs à glacer le sang, leur mauvaise conscience...
 
Le “plot” englobe un grand nombre de personnes, les mailles sont finement tissées et la résolution dramatique. Les dernières 60 pages laissent le lecteur à bout de souffle.
 
Enfin, la traduction de l’allemand de Jacqueline Chambon est excellente.
 
*** sont bien méritées.
 
HPK
 

jeudi 26 janvier 2017

Watership down; Richard Adams

Ce bestseller international, édité pour la première fois en 1972, a réapparu dans les rayons de ma librairie préférée.
Le roman d’aventures de Richard Adams ferait bonne figure dans le genre “heroic fantasy”, sauf que l’action se déroule dans le monde des lapins. Celui-ci connait son ordonnancement social, sa langue et sa mythologie. Il faut souligner que l’auteur a étudié à fond ce qui s’est écrit de mieux sur la vie des lapins et qu’il a des tonnes d’imagination à revendre.
Le contenu est basé sur des histoires, sorties de son imagination spontanée, qu’Adams racontait à ses filles pendant des longs trajets en voiture. Ainsi se développe l’Odyssée d’une bande de joyeux lapins à la recherche d’une nouvelle demeure. Tôt où tard le lecteur expérimenté d’ “heroic fantasy” pense à Tolkien et ses “hobbits”. La comparaison avec le grand maître du genre ne s’arrête d’ailleurs pas en si bon chemin, tellement les ambiances dans les prés, les sous-bois, les descriptions de la nature le matin, le soir, par temps ensoleillé et temps de pluie rappellent l’univers des petits bonhommes dans “Le Seigneur des Anneaux”.
A l’arrivée nous avons une belle histoire qui nous tient en haleine, racontée par une plume enchantée qui fascinera pas mal de jeunes entre 9 et 90 ans.
Je donne ****
hpk