vendredi 23 mai 2014

Le Bloc; Jerôme Leroy

Nuit d'émeutes sur la France. C'est le soir où tout va basculer. Où un parti l'extrême-droite va rentrer au gouvernement. C'est le soir où la vie de deux hommes va changer à jamais. Deux amis. Deux parcours. Deux destins. 
Antoine c'est l'apparatchik du parti. Un type brillant. Structuré. Bientôt ministre.
Stanko c'est le côté obscur. La petite frappe montée en grade. Le bras armé du Parti. Mais au moment où le Bloc va accéder au pouvoir, Stanko devient gênant.
Ca fait bien longtemps que la lecture d'un polar ne m'avait autant hanté. Peut-être parce qu'il présente une politique-fiction qui pourrait un jour être une réalité. Sans doute aussi parce qu'il frappe là où ça fait mal. Sans états d'âme. 
L'auteur a l'intelligence de ne jamais prendre parti, et laisse au lecteur le soin de se forger une opinion sur ces deux anti-héros, et d'analyser la fascination qu'ils produisent. Dans la lignée des hérauts du néo-polar (Manchette, ADG), Jérôme Leroy réintroduit la politique dans le roman noir, pour le plus grand plaisir du lecteur. 

mercredi 9 avril 2014

La blancheur qu'on croyait éternelle; Virginie Carton

Une belle surprise printanière que ce petit roman qui emprunte son titre à une chanson d'Alain Souchon.
Lucien est un homme plus vraiment jeune. Pédiatre, il a sacrifié sa jeunesse à ses études. Malheureux en amour, il se fantasme en Jean-Louis Trintignant dans Un Homme et une Femme de Claude Lelouch, filant sur Deauville dans une Ford Mustang de 66, pour y rencontrer une femme qui ressemblerait forcément à Anouk Aimée. Mais il est difficile de concilier la vie et le rêve.
Mathilde est une jeune femme timide, écrasée par une mère trop présente. Elle, elle se verrait plutôt en Romy Schneider, période post-Sissi.
Ces deux solitaires se croisent sans se voir dans l'immeuble où ils habitent. Mais parfois, le Destin prend des détours inattendus pour réunir deux êtres.
Il est des romans qui se dévorent d'une traite, le sourire aux lèvres, et La Blancheur qu'on Croyait Éternelle est de ceux-ci. De la même manière que des chansons traitent avec légèreté de sujets graves, Virginie Carton parvient à nous atteindre avec l'air de ne pas y toucher. Roman d'une génération dont les rêves paraissent inconciliables avec la grisaille de la vie. Génération qui ne se satisfait pas des rêves qu'on lui propose, et qui donnent envie d'autre chose.
J'ai envie de vous laisser avec cet extrait que je trouve d'une justesse imparable, et qui résume à merveille le livre:
"On porte en soi des images de films, des chansons qui surgissent à des moments inattendus de nos vies, qui font de nous quelqu'un ayant appartenu à une époque. Il nous reste des empreintes de ces histoires qui nous ont marquées, de ce temps où nos vies étaient vierges et où l'on croyait la blancheur éternelle. On voulait que notre vie ressemble à ce moment-là, à ce plan parfait."

JEAN



  







vendredi 14 mars 2014

Harold; Einzlkind

Harold se situe quelque part entre La Conjuration des Imbéciles de J.K Toole et A Propos d'un Gamin de Nick Hornby. 

C'est l'histoire de Harold, un charcutier récemment au chômage, asocial et suicidaire, à qui une voisine démissionnaire va confier son jeune fils surdoué pour quelques jours. Le jeune garçon va entraîner Harold_ qui n'avait rien demandé_ sur les traces de son géniteur qu'il n'a jamais connu. C'est le début d'une aventure qui conduira ce duo mal assorti aux quatre coins de l'Angleterre.

Il fallait un écrivain allemand pour oser une comédie anglaise aussi déjantée et mordante! Un vrai régal pour les amateurs d'humour noir. 

JEAN











lundi 24 février 2014

Automobile Club d'Egypte; Alaa El Aswany


En cette fin des années 40, l’Égypte est encore sous domination britannique. La république ne sera proclamée qu'après le coup d'état de 1953 qui portera au pouvoir Nasser. Le pays, dirigé par un roi fantoche, plus soucieux de ses plaisirs que du bien-être du peuple, tangue sur ses bases, et l'Automobile Club d’Égypte va devenir le laboratoire de la révolution à venir.

L'Automobile Club est une institution au Caire. Officiellement, sa mission est de décider de la politique de l'automobile en Égypte, mais il s'agit plutôt d'un lieu de rencontre pour la jet set nationale et internationale. A la tête de celui-ci, un anglais, convaincu du bien-fondé de la présence britannique et dédaigneux de la culture arabe. Le roi est un habitué du club, et son chambellan fait régner la terreur sur les hordes de domestiques qui y travaillent.

Le roman s'attarde sur le destin d'une famille modeste dont le père, Abdelaziz Hamam, travaille à l'Automobile Club. Il y a Raqia, la mère, Mahmoud, Saïd et Kamel, les fils et Saliha, la fille, et aucun d'entre eux ne sera à l'abri des coups du sort.

L'Automobile Club est comme un théâtre, les rôles y sont bien définis et le déroulement de la pièce est immuable. Pourtant, les premiers soubresauts d'un vent de révolte qui agitera bientôt le pays entier vont se manifester. Las de la misère et de l'injustice, les hommes commencent à rêver de liberté.

Alaa El Aswany est un conteur hors pair qui par un faisceau d'histoires singulières nous fait ressentir le basculement politique d'un pays. C'est l'humain qui est au centre de tout. Difficile de ne pas faire le lien entre cette histoire-ci et le Printemps Arabe de 2011. Son précédent livre a d'ailleurs pour titre Chroniques de la Révolution Égyptienne.

Ce roman est à la fois un portrait de la société égyptienne de la fin des années 40, une ode aux petites gens qui se battent pour survivre dans un système inique et corrompu, et une déclaration d'amour d'un écrivain à son pays. 

JEAN



vendredi 7 février 2014

L’euphorie des places de marché; Christophe Carlier

Dans une entreprise, trois employés aux personnalités très différentes cohabitent et s’affrontent : Norbert : le jeune cadre dynamique et ambitieux, Agathe : la secrétaire qui « travaille » dans l’entreprise depuis 25 ans et Ludivine la jeune stagiaire efficace mais coincée.
Aucun d’eux n’a l’intention de bouleverser ses habitudes et ses projets pour rendre la cohabitation plus facile. C’est ainsi que le lecteur va assister au bras de fer entre Norbert et Agathe, deux personnes au caractère fort et à l’esprit parfois machiavélique.
C’est avec plaisir que l’on retrouve l’humour noir de Christophe Carlier. Un roman décapant tout en finesse, pas bête du tout.
Vous l’aurez compris, si vous voulez passer un bon moment, je ne pourrais que vous conseiller la lecture de cette petite perle.

Hélène



lundi 3 février 2014

Le Chardonneret; Donna Tartt

Assurément le choc de cette rentrée littéraire d'hiver. Le troisième livre de l'américaine Donna Tartt mérite tous les superlatifs. Pour autant, il met le libraire dans une situation difficile: comment parler d'un livre dont il ne faut pas trop en dire, sous peine gâcher les coups de théâtre que l'auteur distille de main de maître? 
Sachez donc seulement que le héros du roman, Théo, a 13 ans et vit à New-York avec sa mère. 
Qu'une averse aussi violente que soudaine va les contraindre tous deux à se réfugier dans un musée. 
Que dans ce musée est exposé le tableau le plus célèbre de Carel Fabritius, un peintre hollandais du XVIIeme siècle, et que c'est ce tableau qui est reproduit en couverture et qui donne son titre au roman.
Et que c'est à cet exact moment que la vie du jeune Théo va être bouleversée à jamais, liant son destin à celui du Chardonneret.
C'est un roman très riche, sans temps mort, qui mêle à la fois le Bildungsroman, le roman social, la fresque adolescente, le polar et l'essai sur l'art, sans que le mélange soit jamais indigeste. 
Le Chardonneret est un très grand œuvre, qui fait parler d'elle à raison... mais il ne faut pas trop en dire, juste déguster cette nouvelle petite merveille du roman américain.
JEAN
  

vendredi 31 janvier 2014

Les vies parallèles de Greta Wells; Andrew Sean Greer

1985 - Greta Wells vit des moments difficiles dans sa vie. Félix, son frère jumeau vient de mourir et son mari, Nathan est parti. Déprimée, elle ne sait plus quoi faire pour passer ce cap difficile. C’est pourquoi, quand un médecin lui propose de faire des électrochocs pour se sortir de ce moment sombre, elle accepte, au risque d’être déboussolée par ce traitement.
C’est ainsi que Greta se retrouve projetée à trois époques différentes : 1918 – 1941 – et bien sûr son époque d’origine : 1985.
A chaque époque, Greta se retrouve dans la peau d’une Greta qui est, elle aussi, à un moment charnière de sa vie. Chaque Greta va alors essayer d’influencer la vie d’une autre et ainsi tenter de façonner une vie idéale.
Un roman qui nous fait voyager au gré du temps au rythme où Greta se découvre et cherche à se connaitre.

FRAIS ET DIVERTISSANT !

Hélène