jeudi 21 août 2014

Les Singuliers; Anne Percin

Alors que l'artiste contemporain le plus cher du monde_Damien Hirst_ défraye la chronique en achetant pour quelques 43 millions d'euros une confortable demeure en plein cœur de Londres , Anne Percin nous propose de frayer avec quelques artistes en devenir bien moins argentés: ils ont pour noms Paul Gauguin et Vincent Van Gogh, et n'ont pas encore bouleversé le monde de la peinture. Ce roman commence en 1888 dans un petit village du Finistère qui n'a pas encore donné son nom à une "école": Pont-Aven.
Hugo Boch,un jeune belge en rupture de ban avec sa riche famille, s'installe dans le bourg en espérant y trouver sa voie. Mais la vie n'est pas facile quand on a préféré la bohème à la sécurité de l'entreprise familiale. Son histoire et celle de ses proches se raconte à travers les lettres qu'ils s'échangent.
Anne Percin, qu'on connaissait surtout pour son excellent trilogie jeunesse "Comment bien rater ses vacances", nous offre un des romans les plus attachants de cette rentrée littéraire 2014. 

JEAN

lundi 4 août 2014

L'Ecrivain National; Serge Joncour

Rentrée Littéraire 2014

 

Serge, un écrivain pas très connu, a accepté de s'installer en résidence dans une petite ville du Morvan. A son arrivée, alors qu'il patiente à la gare, il tombe sur la page faits divers d'un journal local. Un article attire son attention. Il parle de la disparition inexpliquée d'un riche octogénaire et de la mise en accusation d'un jeune marginal. La compagne de celui-ci, dont la photographie illustre l'article, va très vite obséder le romancier. A sa manière, il va mener l'enquête sur cette étrange affaire.

Sur des motifs de roman noir (une disparition, une femme fatale, etc.), Serge Joncour livre ici une réflexion passionnante sur le statut des écrivains.
Esseulé à la fois parce qu'il n'appartient pas au microcosme de la ville où il va vivre pendant un mois et par son métier (tout le monde se méfie plus ou moins de vous quand vous êtes écrivain), le narrateur va faire l'expérience du malaise et de la solitude. Installé dans un hôtel désert, abandonné plus ou moins à lui-même, c'est aussi son enquête qui va donner un sens à sa présence dans le Morvan.
Il y a beaucoup de choses très bien dans ce roman. A commencer par une atmosphère entre Chabrol et la série Twin Peaks (de David Lynch). Chabrol pour la peinture acide de la petite bourgeoisie de province, dont les mœurs policés ne peuvent masquer totalement la vanité. Twin Peaks pour ces bois impénétrables qui entourent la ville et qui semblent être le lieu où les instincts primaires de l'homme peuvent éclater au grand jour.
En faisant de son personnage principal un écrivain nommé Serge, Serge Joncour brouille les pistes entre fiction et autofiction, et ce dans une perspective très moderne. On pense à Olivier Adam, mais aussi à Christine Angot ou Michel Houellebecq.
Enfin, L’Écrivain National est surtout une histoire d'amour et de désir entre deux personnages qui, chacun à leur manière, vivent en dehors de la société.
Un roman très riche qui augure d'une belle rentrée littéraire.

Sortie le 27 août. 

Jean

vendredi 23 mai 2014

Le Bloc; Jerôme Leroy

Nuit d'émeutes sur la France. C'est le soir où tout va basculer. Où un parti l'extrême-droite va rentrer au gouvernement. C'est le soir où la vie de deux hommes va changer à jamais. Deux amis. Deux parcours. Deux destins. 
Antoine c'est l'apparatchik du parti. Un type brillant. Structuré. Bientôt ministre.
Stanko c'est le côté obscur. La petite frappe montée en grade. Le bras armé du Parti. Mais au moment où le Bloc va accéder au pouvoir, Stanko devient gênant.
Ca fait bien longtemps que la lecture d'un polar ne m'avait autant hanté. Peut-être parce qu'il présente une politique-fiction qui pourrait un jour être une réalité. Sans doute aussi parce qu'il frappe là où ça fait mal. Sans états d'âme. 
L'auteur a l'intelligence de ne jamais prendre parti, et laisse au lecteur le soin de se forger une opinion sur ces deux anti-héros, et d'analyser la fascination qu'ils produisent. Dans la lignée des hérauts du néo-polar (Manchette, ADG), Jérôme Leroy réintroduit la politique dans le roman noir, pour le plus grand plaisir du lecteur. 

mercredi 9 avril 2014

La blancheur qu'on croyait éternelle; Virginie Carton

Une belle surprise printanière que ce petit roman qui emprunte son titre à une chanson d'Alain Souchon.
Lucien est un homme plus vraiment jeune. Pédiatre, il a sacrifié sa jeunesse à ses études. Malheureux en amour, il se fantasme en Jean-Louis Trintignant dans Un Homme et une Femme de Claude Lelouch, filant sur Deauville dans une Ford Mustang de 66, pour y rencontrer une femme qui ressemblerait forcément à Anouk Aimée. Mais il est difficile de concilier la vie et le rêve.
Mathilde est une jeune femme timide, écrasée par une mère trop présente. Elle, elle se verrait plutôt en Romy Schneider, période post-Sissi.
Ces deux solitaires se croisent sans se voir dans l'immeuble où ils habitent. Mais parfois, le Destin prend des détours inattendus pour réunir deux êtres.
Il est des romans qui se dévorent d'une traite, le sourire aux lèvres, et La Blancheur qu'on Croyait Éternelle est de ceux-ci. De la même manière que des chansons traitent avec légèreté de sujets graves, Virginie Carton parvient à nous atteindre avec l'air de ne pas y toucher. Roman d'une génération dont les rêves paraissent inconciliables avec la grisaille de la vie. Génération qui ne se satisfait pas des rêves qu'on lui propose, et qui donnent envie d'autre chose.
J'ai envie de vous laisser avec cet extrait que je trouve d'une justesse imparable, et qui résume à merveille le livre:
"On porte en soi des images de films, des chansons qui surgissent à des moments inattendus de nos vies, qui font de nous quelqu'un ayant appartenu à une époque. Il nous reste des empreintes de ces histoires qui nous ont marquées, de ce temps où nos vies étaient vierges et où l'on croyait la blancheur éternelle. On voulait que notre vie ressemble à ce moment-là, à ce plan parfait."

JEAN



  







vendredi 14 mars 2014

Harold; Einzlkind

Harold se situe quelque part entre La Conjuration des Imbéciles de J.K Toole et A Propos d'un Gamin de Nick Hornby. 

C'est l'histoire de Harold, un charcutier récemment au chômage, asocial et suicidaire, à qui une voisine démissionnaire va confier son jeune fils surdoué pour quelques jours. Le jeune garçon va entraîner Harold_ qui n'avait rien demandé_ sur les traces de son géniteur qu'il n'a jamais connu. C'est le début d'une aventure qui conduira ce duo mal assorti aux quatre coins de l'Angleterre.

Il fallait un écrivain allemand pour oser une comédie anglaise aussi déjantée et mordante! Un vrai régal pour les amateurs d'humour noir. 

JEAN











lundi 24 février 2014

Automobile Club d'Egypte; Alaa El Aswany


En cette fin des années 40, l’Égypte est encore sous domination britannique. La république ne sera proclamée qu'après le coup d'état de 1953 qui portera au pouvoir Nasser. Le pays, dirigé par un roi fantoche, plus soucieux de ses plaisirs que du bien-être du peuple, tangue sur ses bases, et l'Automobile Club d’Égypte va devenir le laboratoire de la révolution à venir.

L'Automobile Club est une institution au Caire. Officiellement, sa mission est de décider de la politique de l'automobile en Égypte, mais il s'agit plutôt d'un lieu de rencontre pour la jet set nationale et internationale. A la tête de celui-ci, un anglais, convaincu du bien-fondé de la présence britannique et dédaigneux de la culture arabe. Le roi est un habitué du club, et son chambellan fait régner la terreur sur les hordes de domestiques qui y travaillent.

Le roman s'attarde sur le destin d'une famille modeste dont le père, Abdelaziz Hamam, travaille à l'Automobile Club. Il y a Raqia, la mère, Mahmoud, Saïd et Kamel, les fils et Saliha, la fille, et aucun d'entre eux ne sera à l'abri des coups du sort.

L'Automobile Club est comme un théâtre, les rôles y sont bien définis et le déroulement de la pièce est immuable. Pourtant, les premiers soubresauts d'un vent de révolte qui agitera bientôt le pays entier vont se manifester. Las de la misère et de l'injustice, les hommes commencent à rêver de liberté.

Alaa El Aswany est un conteur hors pair qui par un faisceau d'histoires singulières nous fait ressentir le basculement politique d'un pays. C'est l'humain qui est au centre de tout. Difficile de ne pas faire le lien entre cette histoire-ci et le Printemps Arabe de 2011. Son précédent livre a d'ailleurs pour titre Chroniques de la Révolution Égyptienne.

Ce roman est à la fois un portrait de la société égyptienne de la fin des années 40, une ode aux petites gens qui se battent pour survivre dans un système inique et corrompu, et une déclaration d'amour d'un écrivain à son pays. 

JEAN



vendredi 7 février 2014

L’euphorie des places de marché; Christophe Carlier

Dans une entreprise, trois employés aux personnalités très différentes cohabitent et s’affrontent : Norbert : le jeune cadre dynamique et ambitieux, Agathe : la secrétaire qui « travaille » dans l’entreprise depuis 25 ans et Ludivine la jeune stagiaire efficace mais coincée.
Aucun d’eux n’a l’intention de bouleverser ses habitudes et ses projets pour rendre la cohabitation plus facile. C’est ainsi que le lecteur va assister au bras de fer entre Norbert et Agathe, deux personnes au caractère fort et à l’esprit parfois machiavélique.
C’est avec plaisir que l’on retrouve l’humour noir de Christophe Carlier. Un roman décapant tout en finesse, pas bête du tout.
Vous l’aurez compris, si vous voulez passer un bon moment, je ne pourrais que vous conseiller la lecture de cette petite perle.

Hélène