mercredi 25 novembre 2015

Vieux Râleur et Suicidaire; Fredrik Backmann

Une chose est certaine, les Suédois ne sont pas uniquement des spécialistes du polar. Nous le savons depuis le succès planétaire du bestseller de Jonas Jonasson: Le Vieux qui ne voulait pas fêter son Anniversaire.
Frederik Backman surfe aussi sur la vague des séniors “héroïques”. Ove est un vieux grincheux, aigri par une mise en retraite précoce, esseulé depuis la mort de son épouse, à cheval sur des principes d’antan. Misanthrope, en guerre contre l’administration et les fonctionnaires, il méprise les “chemises blanches”, les protagonistes du numérique en costume et cravate.
Pourtant, ce vieil emmerdeur nous est profondément sympathique. Derrière la carapace dure nous soupçonnons déjà un profond respect et un grand amour d’autrui. Ainsi commence le déroulement d’une histoire truffée de situations hilarantes et de moments qui vous irons tout droit au coeur.
Vieux Râleur et Suicidaire n’a qu’une ambition, celle de vous faire passer un bon moment. C’est réussi à 100%. Par ailleurs, le livre jette un regard tendre, affectueux et compréhensif sur l’humanité. Que serions-nous sans nos défauts?!?!
Un moment de lecture ensoleillé.
Sans hésitation*****
  
 HPK

samedi 21 novembre 2015

Le Cafard de Martin Heidegger; Yan Marchand et Matthias Arégui

Ce petit volume fait partie de la collection “Les petits Platons” qui s’adresse à des lecteurs de 9 à 99 ans. L’objectif de l’éditeur est de rapprocher les pensées des grands philosophes, d’une façon astucieuse , amusante et pertinente, à un public de tous âges.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’édition est merveilleusement réussie. La matière première, le papier, est de grande qualité, les illustrations collent bien au contenu, témoignent d’originalité et de créativité, enfin le texte est rédigé avec amour, humour et respect pour les idées des grands penseurs de ce monde.
Ainsi le petit cafard Martin promène ses angoisses et interrogations existentielles à travers le corps du défunt philosophe. Il rencontre l’escargot Épicure, un peuple de fourmis... Le lecteur assiste à une étonnante mise en lumière de la pensée d’un philosophe dont l’écriture et le vocabulaire hermétique effrayent, depuis toujours, les scolaires et étudiants, forcés de se confronter à lui.
Une réussite totale.
Cependant , une petite restriction. A la fin de l’histoire, quelques commentaires par rapport au contenu seraient utiles pour bon nombre de lecteurs.
Évidemment *****, à consommer sans aucune modération!
HPK

jeudi 19 novembre 2015

Meurtres pour Rédemption; Karine Giebel

Il doit être difficile le dépasser la noirceur de l’imagination de Karine Giebel. C’est une grande spécialiste des situations, d’emprisonnement, d’enfermement, de l’angoisse dans l’isolation sans espoir, de la solitude oppressante, de la torture physique et psychologique. L’univers de l’auteur est celui de la souffrance, du désespoir, de la tromperie, de la violence...
Le titre annonce le programme. Le personnage central est Marianne, une jeune femme qui a pris perpète, pour meurtre. Son séjour en prison est une suite de brutalités subies et distribuées, de séjours en cellule d’isolation et une histoire d’amour braque avec un gardien, sur fond de corruption et d’exploitation sentimentale et sexuelle, dans un monde où personne ne fait des cadeaux.
Pourtant, un jour, une porte semble s’ouvrir. Mais quel sera le prix à payer? La suite est époustouflante, haletante, rebondissante. La fin est ténébreuse, pessimiste, menaçante.
Les 989! pages de l’édition Fleuve Noir Pocket se passent pour la moitié en prison. Ma seule remarque restrictive concerne la longueur pénible d’un début caractérisé par des excès de violence. Suite et fin sont un vrai régal en matière d’action et de suspense.
Je donne **** Accrochez vous!!!
HPK

jeudi 12 novembre 2015

Apprendre à vivre; Luc Ferry

Pour être clair dès le départ, je donne **** pour ce petit livre lumineux.
Ferry nous présente une histoire de la philosophie, un enchaînement fascinant de l’évolution de la pensée humaine. En commençant par les stoïciens de l’antiquité, en passant par le christianisme, il arrive à l’humanisme comme berceau de la pensée moderne, passe par la postmodernité et le cas de Nietzsche, pour terminer avec la philosophie contemporaine et ses idées personnelles.
Un authentique “page turner” philosophique, impossible à abandonner en cours de route.
Mais attention!
Le titre, à mon avis mal choisi, annonce le genre “coaching existentiel” qui peuple en quantité les rayons de certaines librairies. Les lecteurs ciblés par ce type de littérature seront déçus.
L’appréciation du contenu à sa juste valeur passe par un intérêt pour et une familiarité, au moins superficielle, avec les philosophes et la philosophie.
Le langage universitaire, un peu bavard, l’abus de phrases à rallonge, truffées de propositions subordonnées, souvent superflues, peut rendre  l’accès direct, à l’essence du texte, difficile pour certains lecteurs.
Ces restrictions faites je ne peux que dire:
“A lire absolument”.
 
HPK
 

vendredi 6 novembre 2015

Ah! Ca Ira...; Denis Lachaud

En 2016, Antoine, sous le pseudonyme de Saint-Just, a participé au commando qui a enlevé et exécuté le Président de la République. Vingt-et-un ans plus tard, il sort de prison et découvre que rien n'a vraiment changé. 
La politique-fiction a le vent en poupe. On se rappelle le ramdam occasionné par le dernier Houellebecq qui imaginait une France islamisée en 2022. La science-fiction a ce pouvoir de décrire un monde qui nous est autant proche qu'étranger, un futur possible, où les problèmes d'aujourd'hui sont les réalités de demain. Si, selon la définition de Stendhal, "le roman est un miroir qui se promène sur une grande route", alors la science-fiction est un miroir déformant. 
Jugez plutôt:
Dans la France de 2037, les migrants sont parqués à l'intérieur des villes dans des Zones de Séjour Temporaire (ZeST), l'explosion de la centrale nucléaire de Pierrelatte a fait de la Drôme un no man's land, la Grèce, exclue de l'Union Européenne, connait une nouvelle dictature militaire, les loyers parisiens sont de plus en plus chers, les cités de plus en plus isolées. Plus encore qu'en 2022, la révolte gronde. 
Le roman nous invite à suivre plusieurs personnages. Antoine, qui a bien du mal à se réhabituer à la liberté, sa fille Rosa, et son ex-femme Chloé, bénévole dans une ONG qui s'occupe des migrants. Ahmed, marchand de primeurs, qui, enfant, a quitté le Maroc. Ekaterini, qui a fui la Grèce en guerre dans l'espoir d'une vie meilleure. Enfin, il y a un mystérieux groupe terroriste qui fait depuis vingt ans régner la terreur chez les hommes d'affaires et les politiques corrompus. 
Les causes de l'insurrection à venir sont connues. Reste les moyens. Et là, le roman qui était déjà passionnant devient haletant. Comment en effet changer un système où tout semble verrouillé? En piochant dans les moyens d'action déjà utilisés de nos jours, Denis Lachaud arrive à rendre le scénario crédible.
Si beaucoup de romans pèchent par nombrilisme ou manque d'ambition, ce n'est pas le cas de celui-ci. Cette relecture de la Révolution Française nous montre que rien n'a vraiment changé depuis 1789, et que les lanternes pourraient bien se rallumer. 

Jean.

lundi 2 novembre 2015

La Sonate de l'Anarchiste; Etienne Guéreau


Paris. 1894. Fédor est un jeune pianiste insatisfait: quand il interprète les œuvres d'autres grands compositeurs, le public s'ennuie, mais, quand il joue ses propres compositions, il plonge celui-ci dans la transe. Cet étrange pouvoir, plutôt que de faire son succès, lui attire des ennuis quand un étrange commissaire de police décide de l'utiliser à son profit. 
On avait aimé le premier roman d’Étienne Guéreau (Le clan suspendu, maintenant disponible en poche), et on adore ce nouvel opus à la frontière du policier historique et du roman fantastique, bien servi par une plume impeccable. Complots, policiers corrompus, bombes anarchistes et femmes fatales, rien ne manque pour faire de ce livre un moment de plaisir. Avec ses deux casquettes de musicien et d'écrivain, l'auteur nous livre une fascinante métaphore du pouvoir ensorceleur de la musique, et ensorcelés nous sommes.

Jean.

mardi 1 septembre 2015

Juste Avant l'Oubli; Alice Zeniter

Rentrée littéraire 2015
Qu'est ce qu'ont les personnages ces temps-ci avec leurs prénoms? Comme dans La Revanche de Kevin de Iegor Gran, où le héros porte le sien comme sa croix, le personnage principal du ci-roman ne supporte pas le sien. 
Franck, donc, doit à la fois supporter les préjugés associés à son prénom et le départ de la femme de sa vie pour Mirhalay, une minuscule île de l'archipel des Hébrides. Qu'allait-elle faire dans cette galère? Cette île est intimement liée à son plus fameux habitant: Galwin Donnell. Comme Marcel Proust et Illiers-Combray, James Joyce avec Dublin ou Newark pour Philip Roth, Mirhalay est devenu un lieu de pèlerinage pour les fanatiques de l'écrivain. Cette fascination est accentuée par la fin tragique et mystérieuse de celui-ci. Cet îlot battu par les vents est un véritable lieu de culte littéraire.
Franck voulait un enfant, et Émilie voulait quitter son poste au collège pour mener une thèse sur Donnell. Ce qu'elle fit. Trois mois plus tard, dans une tentative de reconquête désespérée, Franck se rend à Mirhalay où doivent se tenir les Journées d’étude internationales consacrées au génie disparu. Isolé au milieu des universitaires, comment va réagir notre héros? Parviendra t'il à reconquérir l'oublieuse Émilie?
Pour l'instant, ce roman est un de mes chouchous de cette rentrée littéraire, pour la simple et bonne raison qu'il s'agit d'un livre extrêmement malin
Il existe des shampoings deux-en-un (il existe même des shampoings deux-en-un triple efficacité. Nous vivons une époque formidable!), et bien Alice Zeniter invente le roman deux-en-un! Rendez-vous compte: pour le prix somme toute modeste d'un livre (19€ TTC), vous êtes en fait l'heureux possesseur de deux livres également aimables!
Le premier relate l'histoire d'une tentative désespérée de recoller les morceaux d'un amour. Sans sombrer dans le mélo, l'auteur nous donne à voir toute l'impuissance de Franck, et le malheur qui l'accable.
Le second c'est l'entreprise de création d'un écrivain fictif *. Nous allons donc devenir nous-mêmes des spécialistes de Galwin Donnell (un personnage absent mais pourtant omniprésent). Sont intercalées dans les aventures de Franck et d’Émilie, des citations de Donnell, des interventions d'exégètes, même une simili page Wikipédia sur l'expression "porc-chien" (sic). On sent bien le plaisir qu'a pris l'auteur a créer de toute pièce un confrère. Se pose aussi la question de la postérité d'une œuvre littéraire. Que reste-t'il de Donnell alors que sa vie et son œuvre sont soigneusement disséquées? Alice Zeniter devient satiriste lorsqu'il décrit le petit monde universitaire, où tout le monde se tire plus ou moins dans les pattes, monde qu'elle semble bien connaître. 
Un savant mélange qui en fait une lecture délicieuse. Chapeau!

Jean.
 
*Oui, oui, comme dans le  Harry Quebert de Joël Dicker _qui sort un nouveau livre le 30 septembre, vous voilà prévenus_ mais de manière bien différente, pour ne pas dire plus subtile.