mercredi 17 août 2016

Philosopher avec Game of Thrones; Sam Aluzys

Game of Thrones ou Le Trône de Fer de George R. R. Martin, grand classique du genre littéraire “Heroic Fantasy” , série culte à la télévision et bande dessinée parue chez Dargaud, met en extase des dizaines de millions de fans inconditionnels dans le monde entier.

Ce livre dont j’espère qu’il sera traduit dans de nombreuses langues, s’adresse exclusivement à eux.

Le caractère exceptionnel des plus de 7.000 pages de Game of Thrones consiste dans le fait que les personnages et l’action n’évoluent pas, comme dans la plupart des œuvres du même genre, dans un monde manichéen où bons et méchants sont bien à leur place. Au contraire, les personnages de Game of Thrones sont des caractères complexes, à multiples facettes, des êtres en chair et en os, avec leurs forces, leurs faiblesses et leurs lot de contradictions.

Ainsi l’analyse de Sam Azulys passe en revue Eddard Stark, Arya Stark, Bran Stark, Tyrion Lannister, Cersei Lannister, Jamie Lannnister, Daenerys Targaryen, Jon Snow, Brienne et tutti quanti... Il décrit avec précision leurs traits typiques, spécule sur les motivations et les culpabilités qui les habitent, démonte la mécanique des forces motrices de leurs actions.

Le lecteur est scotché devant une peinture qui lui fait revivre les larges traits de la lutte pour le trône de fer. En même temps, il revisite les personnages centraux dans leurs moindres détails. Cette galerie de portraits est réalisée sur la toile fond des pensées des grands philosophes, Kant, Hobbes, Mill, Machiavel, Platon, Descartes...

Bref, nous sommes devant une affaire rondement menée qui ne pourra qu’enthousiasmer tous ceux qui se considèrent membre de la grande communauté de Game of Thrones.

Clairement *****

HPK
 

samedi 6 août 2016

Sapiens; Une brève histoire de l’humanité; Yuval Noah Harari

A la fin de l’année dernière, Sapiens surgissait brièvement, sur les listes de bestsellers internationaux, pour disparaître rapidement, comme une étoile filante. Franchement, ce livre extraordinaire aurait mérité beaucoup mieux.
Je l’ai lu dans la version originale, anglaise. Sur 466 pages Harari nous livre un narratif captivant, celui de notre itinéraire, du singe insignifiant au maître du monde. Les 4 piliers de cette histoire sont: La révolution cognitive, la révolution agricole, la globalisation de l’humanité, la révolution scientifique.
Le langage est simple, direct, sans fioritures avec un brin d’ironie. Le développement du contenu est rectiligne, plein de bon sens d’une santé éclatante. Un résumé de l’histoire de l’humanité qui prend des raccourcis sans oublier l’essentiel, une lecture merveilleuse pour des amateurs d’histoire comme pour ceux qui veulent la découvrir.
Harari ne se place jamais comme moralisateur, toujours en observateur. C’est rafraichissant, instructif, amusant et plein de suspense.
“Sapiens” occupe désormais une place de choix dans ma bibliothèque.
Sans hésitation *****

lundi 1 août 2016

False Nine; Philip Kerr

Quel amateur de polars ne connaît pas Bernie Gunther? Détective privé dans l’Allemagne nazie, né de la plume de Philip Kerr et protagoniste de la célèbre Trilogie Berlinoise. Les aventures de Bernie ont fasciné des millions de lecteurs dans de nombreux pays.
 
Voilà un nouvel héro, Scott Manson, ex footballeur professionnel, manageur d’équipe sans travail et enquêteur occasionnel. Kerr semble viser une cible bien précise: Fans de foot/Lecteurs de polars. Le tir passe loin du but...
 
Scott est un mec sympa, bavard, drôle, dragueur et blagueur. On pense à certains personnages d’Elmore Leonard. Malheureusement ses élucubrations sont sans aucun intérêt et ses aventures amoureuses, avec une rousse, une blonde (Bella Macchina!) et une black, manquent de saveur. En plus il déambule dans une intrigue fade et soporifique. Le suspense est resté dans les vestiaires.
 
Je ne peux qu’espérer que ce livre ne sera jamais traduit en français.
 
HPK

mercredi 25 mai 2016

Mes Amis Devenus; Jean-Claude Mourlevat


 De Jean-Claude Mourlevat, nous connaissions les livres pour la jeunesse, puis il y eut un beau roman exécuté à deux mains avec Anne-Laure Bondoux_ Et Je Danse Aussi. C'est en solo qu'il revient avec Mes Amis Devenus

Ils étaient cinq amis d'enfance, deux filles et trois garçons: Mara, Luce, Jean, Lours' et Silvère. Après quarante ans, ils ont décidé de se retrouver à Ouessant. Silvère, arrivé sur l'île finistérienne la veille, les attend sur le débarcadère et se remémore sa jeunesse.

C'est un roman sur l'amitié et sur l'amour, qui sont les deux faces d'une même pièce, et sur le temps qui balaie tout, sauf l'essentiel. 
Émouvant, on n'est pas loin de la petite larmichette parfois, drôle aussi, parce qu'il faut bien les deux. On est encore une fois soufflé par le talent de Jean-Claude Mourlevat.
Un mystère demeure pourtant: que se passa-t'il en Allemagne pour la jeune Luce, enlevée par trois motards? Le roman n'en dit rien. Si quelqu'un a la réponse, qu'il nous écrive. 

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta



Jean.

vendredi 20 mai 2016

Souviens-toi de moi comme ça; Bret Anthony Johnston


 Quand je regarde rétrospectivement mes coups de cœur en littérature anglo-saxonne, je constate que beaucoup ont été publiés chez Albin Michel, dont l'audacieuse collection Terres d'Amérique fête d'ailleurs ses vingt ans avec un recueil de nouvelles sobrement intitulé 20+1 Short Stories
Il y a au moins deux monuments sur lesquels il ne fallait pas faire l'impasse ces dernières années, géniaux chacun à leur manière: Toute La Lumière Que Nous Ne Pouvons Voir, d'Anthony Doerr et Le Diable, Tout le Temps, de Donald R. Pollock. Plus récemment, je me suis régalé de La Compagnie des Artistes (un formidable roman d'initiation australien) et de Adieu Calcutta. Enfin, je viens de finir Les Maraudeurs de Tom Cooper, un premier texte qui envoie du steak (d'alligator), et dont il faudra que je vous reparle dans un prochain post.
 Tout ça pour dire que quand j'ouvre un roman de chez Albin Michel, je pars avec un a priori forcément favorable, et, pour celui qui nous occupe aujourd'hui, je n'ai pas été déçu!

Souviens-toi de Moi Comme Ça  c'est l'histoire d'une famille texane, les Campbells, dont le fils aîné, Justin, 12 ans, va disparaître. Quatre ans plus tard, il réapparaît. Alors, il va falloir réapprendre à vivre ensemble.

Il y a trois raisons de craquer pour ce livre:

Un roman sur une disparition, c'est presque banal, mais un roman qui commence avec le retour du disparu, je n'avais jamais lu ça. La grande idée qui traverse le livre c'est que tout traumatisme est définitif. On ne peut pas remonter en arrière, gommer le passé, mais seulement tenter de s'habituer à une nouvelle situation. Souviens-toi de Moi Comme Ça c'est un grand roman sur la résilience, traitée à travers l'histoire d'une famille qui va être traumatisée par deux fois. La première par la disparition énigmatique de Justin, la seconde par son retour.

Il y a une règle d'or en littérature: pas de bon roman sans des personnages inoubliables. Repensez aux livres qui vous ont marqué à jamais, n'avez-vous pas l'impression d'avoir connu intimement les protagonistes, de les connaître parfois mieux que certaines personnes que vous côtoyez tous les jours? Eric, la père qui tente d'oublier son malheur dans l'adultère. Laura, la mère qui veille inlassablement sur un dauphin blessé. Cecil, le grand-père, qui bascule lentement du côté de la vengeance. Et enfin Griff, ado blessé qui skate toute la journée une piscine vide. La famille Campbell va vous hanter longtemps.

Une dernière raison, et pas des moindres pour celui qui fréquente régulièrement la littérature américaine: le roman se passe au Texas. Attention! Pas le Texas des cowboys, mais celui, bien plus méconnu, du bord de mer. La ville fictive de Southport, où vivent les Campbells, se situe à proximité de Corpus Christi, au bord du golfe du Mexique. Le roman s'ouvre d'ailleurs sur une saisissante description du Harbor Bridge qui enjambe le port, et depuis lequel des marcheurs vont apercevoir un cadavre flottant dans la baie.

Mi-roman noir mi-chronique familiale: une bombe on vous dit!

Jean.




         

samedi 30 avril 2016

Justice; Michael J. Sandel

 
Michael J. Sandel est professeur de philosophie politique à Harvard. Ses cours sont suivis par des millions d’internautes sur YouTube et ses livres se vendent dans le monde entier. Sa discipline philosophique préférée est la Morale. Celle-ci fixe les règles de jeu dans la société et répond à des questions comme “Que dois je faire?”, “Quelles sont les limites de la liberté personnelle?”, “Peut-on justifier de tuer un homme?”,...
 
Sandel parle d’un sujet complexe, touchant à des convictions intimes, chargé d’émotions, dans un langage compréhensible, illustrant ses propos par des exemples de la vie quotidienne. Nous sommes loin d’une description des grandes édifices de la pensée philosophique, loin de la théorie ennuyeuse mais en plein centre de la vie pratique.
 
Justice est un livre pour le grand nombre, une expérience initiatique pour tous ceux qui pensent que la philosophie végète dans une tour d’ivoire éloignée des réalités. C’est une lecture qui fait réfléchir!
 
En tant de philosophe Sandel me semble profondément kantien, position étonnante pour un ressortissant de la culture anglo-saxonne, dominée par la pensée utilitariste. Il y a quelques mois, j’ai lu Justice dans la version originale. Je suis ravi de la sortie de la traduction française.
 
Je suis étranger et il me semble que beaucoup de français sont des passionnés de justice, j’espère que ce livre rencontrera le succès qu’il mérite.
 
A lire absolument *****
 
HPK
 

lundi 18 avril 2016

Les Fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés; Jonathan Evison


 Il y a parfois des livres qui vous happent sans que vous y preniez garde, et qui ne vous laissent pas indemne. La dernière livraison de la maison Monsieur Toussaint Louverture fait partie de cette espèce. Derrière un titre pas franchement aphrodisiaque, sauf perversité éventuelle, se cache un roman inoubliable.
Benjamin Benjamin (sic) est un quarantenaire en crise qui, pour se sortir de la mouise, va faire une formation pour devenir auxiliaire de vie. Embauché pour s'occuper d'un jeune homme, Trev, atteint de la myopathie de Duchenne, et cloué dans un fauteuil roulant, il va parvenir à surmonter ses défenses.  
En lisant on peut se dire, à raison, "oh la la encore un truc gnangnan plein de bons sentiments!". On aurait tort. 
Pour s'en convaincre, il suffit de lire comment Benjamin présente son patient:
"[La maladie] tord sa colonne vertébrale et raidit ses articulations au point que ses côtes reposent pratiquement sur ses hanches. Ses jambes sont repliées vers son estomac, ses pieds aux orteils recourbés pointent vers le sol et ses coudes sont, pour ainsi dire, rivés à ses hanches. Un bretzel humain avec un esprit en parfaite santé. Mais je ne vais pas parer Trev d'une auréole pour la simple raison qu'il regarde la mort en face. [...] A vrai dire, depuis plusieurs semaines, j'enrage de voir Trev refuser de prendre davantage de risques, de le voir s'entêter à rester prisonnier de sa routine, à ne savourer la vie qu'au compte-gouttes."
La mission de notre anti-héros va être de sortir Trev de son train-train pour enfin lui donner à vivre, ce faisant, Benjamin va lui aussi se sortir de l'impasse.

Difficile de dire ce qui fait qu'un texte est plus réussi qu'un autre. Cela tient parfois à une alchimie particulière. 
Pour Les Fondamentaux , il y a au moins trois éléments qui font la différence:

Tout d'abord les personnages sont à la fois crédibles et complexes, donc attachants. Pas seulement Benjamin mais tous les protagonistes ont une personnalité fouillée. Que ce soit Trev, qui, bien que handicapé, reste avant tout un jeune homme travaillé par ses désirs;  Elsa la mère courage; Bob, le père démissionnaire; Dot, la punkette en fuite ou Janet, l'ex-femme de Benjamin, les seconds rôles ne sont jamais réduits à de simples faire-valoir du personnage principal mais sont des éléments moteurs du récit.

Ensuite, la surprise. Les personnages, et principalement Benjamin, portent tous leur passé comme un boulet. Or, au lieu de vous donner les clefs d'entrée de jeu, l'auteur dévoile le passé dans d'habiles flashbacks qui font la révélation finale d'autant plus frappante qu'on perçoit le drame venir sans savoir exactement de quoi il s'agit.

Enfin, la forme choisie. Pour rendre compte du voyage émotionnel que vont vivre les protagonistes, l'auteur a décidé de leur faire vivre un vrai voyage. Un choix qui pourrait être télescopé, mais force est de reconnaître que cela marche particulièrement bien. Quoi de plus typiquement américain que le road trip*? Et comme les personnages sont des déclassés, il semble aller de soi que le voyage s'organise autour de lieux anti-touristiques, pour la plupart des motels** ou des cafeterias. Pour Benjamin, il y a comme une surimpression de deux voyages: celui qu'il est en train de faire avec Trev, et celui qu'il a fait dans le passé avec sa famille. C'est non seulement à un voyage dans l'espace mais aussi un voyage dans le temps, dans la mémoire, auquel nous assistons. 

Un texte qui plaira évidemment aux amateurs de contre-culture américaine, ceux qui ont aimé Jonathan Tropper, ceux qui pensent qu'un peu de provocation ne fait pas de mal, et qu'il n'y a pas de sujets tabous, et ceux qui aiment les bonnes histoires qui tiennent la route.  






*J'ai immédiatement pensé au film Thelma et Louise, sans trop savoir pourquoi, quoi que Little Miss Sunshine aurait été plus à-propos.
**Autre lieu typiquement américain, et éminemment cinématographique.