lundi 24 février 2014

Automobile Club d'Egypte; Alaa El Aswany


En cette fin des années 40, l’Égypte est encore sous domination britannique. La république ne sera proclamée qu'après le coup d'état de 1953 qui portera au pouvoir Nasser. Le pays, dirigé par un roi fantoche, plus soucieux de ses plaisirs que du bien-être du peuple, tangue sur ses bases, et l'Automobile Club d’Égypte va devenir le laboratoire de la révolution à venir.

L'Automobile Club est une institution au Caire. Officiellement, sa mission est de décider de la politique de l'automobile en Égypte, mais il s'agit plutôt d'un lieu de rencontre pour la jet set nationale et internationale. A la tête de celui-ci, un anglais, convaincu du bien-fondé de la présence britannique et dédaigneux de la culture arabe. Le roi est un habitué du club, et son chambellan fait régner la terreur sur les hordes de domestiques qui y travaillent.

Le roman s'attarde sur le destin d'une famille modeste dont le père, Abdelaziz Hamam, travaille à l'Automobile Club. Il y a Raqia, la mère, Mahmoud, Saïd et Kamel, les fils et Saliha, la fille, et aucun d'entre eux ne sera à l'abri des coups du sort.

L'Automobile Club est comme un théâtre, les rôles y sont bien définis et le déroulement de la pièce est immuable. Pourtant, les premiers soubresauts d'un vent de révolte qui agitera bientôt le pays entier vont se manifester. Las de la misère et de l'injustice, les hommes commencent à rêver de liberté.

Alaa El Aswany est un conteur hors pair qui par un faisceau d'histoires singulières nous fait ressentir le basculement politique d'un pays. C'est l'humain qui est au centre de tout. Difficile de ne pas faire le lien entre cette histoire-ci et le Printemps Arabe de 2011. Son précédent livre a d'ailleurs pour titre Chroniques de la Révolution Égyptienne.

Ce roman est à la fois un portrait de la société égyptienne de la fin des années 40, une ode aux petites gens qui se battent pour survivre dans un système inique et corrompu, et une déclaration d'amour d'un écrivain à son pays. 

JEAN



vendredi 7 février 2014

L’euphorie des places de marché; Christophe Carlier

Dans une entreprise, trois employés aux personnalités très différentes cohabitent et s’affrontent : Norbert : le jeune cadre dynamique et ambitieux, Agathe : la secrétaire qui « travaille » dans l’entreprise depuis 25 ans et Ludivine la jeune stagiaire efficace mais coincée.
Aucun d’eux n’a l’intention de bouleverser ses habitudes et ses projets pour rendre la cohabitation plus facile. C’est ainsi que le lecteur va assister au bras de fer entre Norbert et Agathe, deux personnes au caractère fort et à l’esprit parfois machiavélique.
C’est avec plaisir que l’on retrouve l’humour noir de Christophe Carlier. Un roman décapant tout en finesse, pas bête du tout.
Vous l’aurez compris, si vous voulez passer un bon moment, je ne pourrais que vous conseiller la lecture de cette petite perle.

Hélène



lundi 3 février 2014

Le Chardonneret; Donna Tartt

Assurément le choc de cette rentrée littéraire d'hiver. Le troisième livre de l'américaine Donna Tartt mérite tous les superlatifs. Pour autant, il met le libraire dans une situation difficile: comment parler d'un livre dont il ne faut pas trop en dire, sous peine gâcher les coups de théâtre que l'auteur distille de main de maître? 
Sachez donc seulement que le héros du roman, Théo, a 13 ans et vit à New-York avec sa mère. 
Qu'une averse aussi violente que soudaine va les contraindre tous deux à se réfugier dans un musée. 
Que dans ce musée est exposé le tableau le plus célèbre de Carel Fabritius, un peintre hollandais du XVIIeme siècle, et que c'est ce tableau qui est reproduit en couverture et qui donne son titre au roman.
Et que c'est à cet exact moment que la vie du jeune Théo va être bouleversée à jamais, liant son destin à celui du Chardonneret.
C'est un roman très riche, sans temps mort, qui mêle à la fois le Bildungsroman, le roman social, la fresque adolescente, le polar et l'essai sur l'art, sans que le mélange soit jamais indigeste. 
Le Chardonneret est un très grand œuvre, qui fait parler d'elle à raison... mais il ne faut pas trop en dire, juste déguster cette nouvelle petite merveille du roman américain.
JEAN