dimanche 4 janvier 2015

Soumission; Michel Houellebecq


Difficile de passer à côté de la sortie du nouveau livre de Michel Houellebecq en cette rentrée littéraire d'hiver. Son auteur faisait entre autres la couverture de Libération de ce premier weekend de 2015, où, en chemise mal boutonnée, il se tient sur un fond rouge, couleur de la passion que son livre semble condamné à provoquer. 
Un nouveau livre de Houellebecq est, qu'on le veuille ou non, toujours un événement. Bien loin de la consensualité qui semble régner bien trop souvent dans les Lettres, les livres de Houellebecq mettent le doigt dans les plaies de nos sociétés contemporaines. Après avoir traité du délitement de la cellule familiale dans Les Particules Elementaires, du tourisme sexuel dans Plateforme, des dérives sectaires dans La Possibilité d'une Île et des errements de l'art contemporain dans La Carte et le Territoire, voilà que dans son nouvel opus l'auteur se pique de politique et invente une situation inédite. Nous sommes en 2022, François Hollande finit son deuxième mandat, obtenu face à l'extrême droite. Mais la France, habituée à l'alternance, va connaître une situation inédite: se retrouvent au second tour la candidate de l'extrême-droite et celui de la "Fraternité Musulmane". Dans ce climat politique incertain, François, professeur de Lettres à la Sorbonne et spécialiste de Huysmans, connaît une crise personnelle. 
Autant le dire tout de suite: ce serait trop facile de réduire Soumission à un brûlot politique. Comme dans tous les romans de Michel Houellebecq, c'est d'abord le portrait d'un homme en crise, à l'image de son époque. François est une enveloppe vide: pas de famille, pas vraiment d'amis, dans une relation déséquilibrée et insatisfaisante avec une jeune étudiante juive que l’avènement d'un pouvoir musulman ne cesse d'inquiéter, pratiquant le sexe en consommateur blasé, insatisfait d'une carrière professionnelle sans éclats et profondément misanthrope. 
Pourtant, comme pour Michel, l'anti-héros de Plateforme, l'amour rédempteur peut advenir. C'est la révélation de celui-ci par la disparition de l'être aimé qui va précipiter François vers sa perte, à moins que le salut vienne d'un Amour encore plus grand. A plus d'un siècle d'intervalle, le spécialiste de Huysmans va partager le destin spirituel de son devancier. 
Il faut débarrasser le texte de Houellebecq de ses déguisements (la provocation, le cynisme, la polémique, la crudité) pour y découvrir le portrait saisissant d'un homme vide en quête d'absolu, thème qui traverse toute l’œuvre de l'écrivain*. Une fois le ménage fait, on peut y trouver de belles choses, comme cette définition de la littérature: "Seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l'intégralité de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idées fixes, ses croyances: avec tout ce qui l'émeut, l'intéresse, l'excite ou lui répugne. Seule la littérature peut vous permettre d'entrer en contact avec l'esprit d'un mort, de manière plus directe, plus complète, et plus profonde que ne le ferait même la conversation avec un ami".

JEAN.

*Dans Plateforme, l'absolu c'est l'amour. Dans La Carte et le Territoire, c'est l'art. Dans Les Particules Elementaires et La Possibilité d'un Île c'est l'immortalité.