jeudi 27 août 2015

Aux Portes de l'Eternité; Ken Follett

Ce pavé impressionnant est le point final d’une saga historico-familiale, en trois volumes. Le premier, La Chute des Géants, retrace l’itinéraire de plusieurs familles de provenance allemande, américaine, russe et anglaise devant les coulisses de l’histoire européenne entre 1900 et 1920. Le second L’Hiver du Monde, poursuit le conte dynastique pour la période jusqu’en 1945. Le troisième utilise comme toile de fond la guerre froide et la lutte pour les droits civiques de la population afro-américaine.
En effet, les 1.159 pages de la version originale, anglaise, du troisième volet se lisent comme une “lettre à la poste”. Follett est un conteur qui sait tirer toutes les ficelles de son métier. Plusieurs fils d’action se développent parallèlement, se rapprochent et se croisent, devant les évènements captivants qui ont caractérisé l’histoire de la deuxième moitié du 20ème siècle. L’utilisation savante de la technique du cliffhanger pousse constamment à continuer la lecture.
Pourtant, avant de tomber dans des superlatifs enthousiasmés, une prise de recul se révèle salutaire.
Le langage de Follet est très direct et simple. Il n’utilise pas de métaphores, ne cherche pas de fioritures. Il est plus journaliste qu’écrivain. Autrement dit, Aux Portes de l’Éternité est un produit “de consommation”, pas une œuvre littéraire.
Le point faible, ce sont les personnages. Nous ne sommes pas en face de femmes et d’hommes en chair et en os. Les acteurs prennent l’aspect d’artifices, de marionnettes animées par des bons sentiments dégoulinants et par une libido en éveil en toutes circonstances. Des ambigüités et des faiblesses humaines n’ont pas leur place dans un monde synthétique des “bons” et des “méchants”. Les relations familiales sont dignes d’un feuilleton télévisé de Rosamunde Pilcher.
Bref,  Aux Portes de L’Éternité est une bonne lecture pour une semaine de plage ou un long voyage en train ou avion. Une fois terminé on laisse le livre sur le siège, pour le prochain vacancier ou voyageur.
J’hésite entre ** et ***
HPK

samedi 22 août 2015

Péchés Capitaux; Jim Harrison

Rentrée littéraire 2015
 
Sunderson est un inspecteur de police à la retraite. Divorcé de Diane et père adoptif de Mona qui, au début du récit, bouleverse sa mère en laissant tomber l'université du Michigan pour suivre à New-York le batteur d'un groupe de rock qui monte. Elle s'apprête à s'envoler pour l'Europe. Comme on ne se refait pas, Sunderson va tenter de la retenir par tous les moyens. 
A ma grande honte, je n'avais jamais lu de romans de J. Harrison, ni même vu d'adaptation de ceux-ci*. C'est donc dans un état quasi-virginal que je me suis lancé dans la lecture de Péchés Capitaux, et ça a été une révélation.
Sous-titré à bon escient "faux roman policier", le livre mélange allégrement plusieurs ingrédients. Tout d'abord, le livre s'ouvre comme un polar, avec un flic forcément alcoolique perdu dans la Grosse Pomme, à la recherche d'une jeune fille qui a déjà tout de la femme fatale. Dans la deuxième partie du livre, Sunderson va devoir affronter une bande de rednecks sortie tout droit de Deliverance, pour les beaux yeux d'une très jeune femme, Monica. Alors que Sunderson a acheté pour la modique somme de 30000$ (bien mal acquis), un charmant chalet, il fait la connaissance des Ames qui terrorisent le comté. Affreux, sales et méchants, violents, incestueux et alcooliques, ils représentent la face sombre de l'Amérique. Le lecteur est alors en plein western, avec coups de feu et morts violentes. Les Indiens sont mêmes représentés à travers la figure du fidèle Marion, le colossal et fidèle comparse de Sunderson. On ne peut que penser à ces formidables romans noir qui explorent cette autre Amérique**.
Enfin, derrière le déguisement, derrière les péripéties, il y a des motifs qui reviennent, et qui font de ce livre un portrait en creux de Jim Harrison. La pêche à la truite, l'amour de la bonne chère, les femmes, l'alcool, la littérature, l'hyperactivité sexuelle, voilà ce qui constitue son ADN. Le ton devient grave quand son héros médite sur les sept péchés capitaux auxquels il ajoute un huitième: la violence. C'est cette réflexion qui va le pousser à tenter d'écrire un livre, ce qui n'est pas chose aisée. Péchés Capitaux devient alors une réflexion sur l'écriture à la fois à travers la figure de Sunderson qui voudrait écrire mais qui n'y arrive pas, et celle du personnage de Lemuel Ames qui tente de consacrer un livre à sa famille. Ayant fait de Sunderson son lecteur,dans un habile jeu de miroir, il lui apporte son témoignage chapitre après chapitre pour avoir son avis, au grand dépit de ce dernier.
Un livre-monde donc, faussement simple, qui supportera sans broncher plusieurs lectures.

Jean.


*le fameux Légendes d'Automne, avec Brad Pitt et Anthony Hopkins; ou le moins fameux Vengeance avec Kevin "Keviiiiiiiiiiin" Costner.
**Le Diable, Tout le Temps; Le Seigneur des Porcheries, pour ne citer que les deux premiers qui me viennent à l'esprit.

lundi 10 août 2015

Les Ennemis de la Vie Ordinaire; Héléna Marienské

Rentrée littéraire 2015

Qu'ont en commun Günther, Pablo, Jean-Charles, Mylène, Élisabeth, Mariette et Damien? Deux choses: une addiction qui les empêche de mener une vie normale, et Clarisse, une psychologue qui est persuadée que la thérapie de groupe est la solution pour les soigner. Ce groupe de parole va avoir un effet bœuf, bien loin de celui recherché par la thérapeute.
Un seul mot d'ordre pour ce roman très réjouissant: la surprise. On croit d'abord mettre les pieds en plein mélodrame, mais c'est vers le terrain de la satire que Héléna Marienské nous entraîne sans même qu'on y prenne garde. La psychanalyse en prend pour son grade. La société contemporaine aussi, celle qui voudrait nous soigner tout en nous intimant la consommation et la performance. L'auteur prend un malin plaisir à dynamiter les convenances, et elle le fait avec brio. 
A découvrir!

Jean.

Sortie le 19 août