vendredi 28 avril 2017

Les Filles au Lion; Jessie Burton

 On a parfois une tendance malheureuse, et un brin chauvine me semble-t'il, d'accuser de tous les maux les auteurs anglo-saxons, notamment de ne pas avoir de "style". Je serai bien curieux de savoir ce qui définit le "style" en littérature. Dans le même ordre d'idée, il paraît tout aussi ardu de définir l'humour ou la beauté. Peut-être le style ne se perçoit-il que par son absence. Peut-être le lecteur sent-il qu'il manque quelque chose, le liant qui transformerait la tambouille en plat de restaurant étoilé. 
Admettons: les écrivains anglo-saxons n'ont pas de style (la faute à la traduction peut-être). Par contre, ce qu'ils ont, ce sont des histoires, ce qui est souvent l'inverse chez nos écrivains hexagonaux. 
En voici un très vivifiant exemple avec ces Filles au Lion qui vient de paraître chez Gallimard. On avait franchement applaudi le premier roman de Jessie Burton, Miniaturiste, où on pouvait déceler sous les quelques imperfections la force tranquille d'un écrivain ne demandant qu'à ce qu'on le laisse mûrir. Et bim! elle accouche d'un roman maîtrisé de bout en bout, un coup de maître, un travail de construction extraordinaire.
Londres, dans les années 60, Odelle est une jeune femme originaire de Trinidad. Elle quitte son job de vendeuse de chaussures pour travailler chez un galeriste. L'écriture est son ambition secrète. A une party, elle rencontre un homme qui va lui apporter un mystérieux tableau. 
Trente ans plus tôt, dans le sud de l'Espagne, un couple et leur grande fille, Olive, s'installent dans une grande bâtisse. Le père est marchand d'art, et la fille ne rêve que de liberté et de peinture.
Tout le jeu du roman consiste à articuler autour du tableau les destins de ces deux femmes en quête d'absolu. Mention spéciale à la description de l'Espagne en train de basculer dans la guerre civile. Une grande fresque classique qu'on dévore avec plaisir. 
Jean.